L'INTERVIEW DE CBP
[Kev Adams, Radisson de Biarritz]
A deux heures de son spectacle à Biarritz, bonnet en laine vissé sur le crâne, Kev Adams semble sortir de la sieste. « Oui, j’ai dormi deux heures !», confirme le jeune humoriste dans un fauteuil moelleux de l’hôtel Radisson : « Je fais un peu de sport le matin et après, repos total avant le spectacle du soir. En ce moment, j’en enchaîne cinq par semaines, donc je ne sors plus en boite ce n’est pas conciliable. »
A 22 ans, vous avez enchaîné votre seconde « grosse » tournée avant d’attaquer à la rentrée les Zéniths. Vous menez une vraie vie d’adulte !
Ah oui, c’est une évolution de dingue (sourire) ! Je n’ai plus vraiment une vie de jeune, je n’ai plus le temps de sortir et j’ai du mal à voir ma famille, mes proches, car j’enchaîne les spectacles depuis six ans. Mais attention, je ne me plains pas, loin de là ! Cette vie-là, d’artiste, je l’ai voulu et je travaille dur pour y arriver depuis des années…
Passez de petites salles à des zéniths en si peu de temps, n’est-ce pas aller trop vite ?
Non, je ne crois pas. Ici, par exemple au Pays basque, je me souviens avoir joué à Irrissarry, un tout petit village, ou dans une salle minuscule à Hendaye, c’était top ; et là, ce soir (NDLR, vendredi 23 mai) je me retrouve dans une salle mythique, celle de la Gare du Midi où tous les maîtres du rire sont passés. Cette tournée connaît un succès incroyable et c’est une suite logique d’aller dans des grandes salles.
Ne ressentez-vous pas trop de pression justement ?
Si un peu, forcément, je flippe de savoir que l’on a déjà vendu 5000 places pour le Zénith de Toulouse à Noël ! J’ai passé le cap symbolique des salles de mille places au cours de cette tournée, « Voilà, voilà » entamée en septembre 2012, et il m’arrive de faire des salles de 3500 places dans des villes distantes d’à peine 100 kilomètres.Je suis très fier de ça, j’ai adapté mon spectacle à des salles plus grandes et nous avons mis des gros moyens.
Y-a-t-il eu un déclic dans votre carrière ?
C’est difficile à dire. Il y a eu la télé, « Soda », mes sketches, et ces tournées, où le spectacle évolue sans cesse. C’est un tout, une évolution, l’humour ça vit, mais je ne trouve pas de moment clé. Je tiens ma ligne de conduite depuis le début. Je suis à fond dans le travail, je suis bien entouré et j’ai la chance de toucher un large public, qui n’est plus cantonné aux ados.
Sur cette tournée, avez-vous le sentiment d’avoir évolué en tant qu’artiste ?
Oui, j’ai grandi, je ne suis plus l’ado du début même si ce n’est pas simple de sortir de cette période. Le spectacle aborde des thèmes plus profonds, le divorce de mes parents, mon rôle de grand frère – j’ai deux frangins de 17 et 7 ans, je les observe dans leur vie de tous les jours, c’est drôle –, mes doutes par rapport à la suite, la vieillesse. Mais en même temps, je ne dis pas aux ados, « regardez les gars je fais un spectacle de grand, j’ai changé, ce n’est plus pour vous ! » Je suis franc par rapport à ça.
Votre regard a-t-il changé sur le métier, avec le temps ?
Je vais vous avouer un truc : plus je « vieillis », plus j’ai du mal avec la critique. Sans doute aussi parce que c’est un spectacle plus personnel, je donne tout à ce métier depuis six ans de ma vie. Donc quand je lis des trucs négatifs sur moi, ça me touche car je ne triche pas, j’essaye de garder ma fraîcheur du début. Je suis plus à fleur de peau qu’avant. Mais, rassurez-vous, cela ne me fera pas arrêter !
Vous avez lancé Kick On le 26 mai sur Internet, de quoi s’agit-il ?
Humoriste ou comédien, c’est un métier solitaire. J’avais envie de réaliser un projet collectif, un travail d’équipe avec des jeunes et des moins jeunes. L’idée reste de faire marrer les gens et de prendre du bon temps. Kick On, c’est depuis le 26 mai, c’est une Web fiction en live sur Youtube. Je ne suis pas un enfant d’Internet comme Studio Bagel ou Norman mais tu n’as pas la pression des chiffres comme à la télé, au cinéma ou au spectacle. Je vais être jugé et sans doute critiqué, mais c’est le jeu. On a déjà 25 000 abonnés sur la page Youtube, c’est déjà une petite victoire, dont je suis très fier.
En novembre 2014 à 20 h 30, Boulazac, le samedi 1er, au Palio ; Angoulême, vendredi 7, à l’espace Carat ; Bordeaux, samedi 8, à la patinoire ; Pau, dimanche 9, 17 h, au Zénith.
Photos Pierre-alex Barcoïsbide