LA SAGA DE L'ETE
Thierry Colombié, spécialiste de la grande criminalité, décrypte le Milieu et ses liens étroits avec le show-bizness dans son dernier livre « Stars et truands » (Fayard) *
Vous évoquez l’affaire du cercle Wagram, impliquant des acteurs de «Mafiosa» et un drôle de personnage dit «le Mage», l’ami des people et du tout-Paris...
Ce Mage possèderait un pouvoir de guérisseur, doublé d’un talent divinatoire, qui en a bluffé plus d’un, en premier lieu Jean-Claude Darmon, le pape du foot-business, ou Rachida Dati. Depuis le Var, le Mage est monté à Paris avant d’intégrer le Cercle Wagram. Pendant des années, il a fait venir des wagons de stars autour des tables de poker. Jusqu’au jour où les policiers l’ont interpellé, le soupçonnant d’avoir été mandaté par une équipe de gangsters corses pour « tenir » le cercle.
Quel a été le rôle de la French Connection dans le Milieu ?
La France peut se targuer d’avoir l’un des plus remarquables systèmes de criminalité organisée qui s’est développé lors de la fastueuse période de la French Connection (trafic d’héroïne « marseillaise », 1935-1985). Si les voyous les plus puissants s’en honorent, les politiques, malgré leurs effets de manche, regardent leurs chaussures car nous sommes en présence d’un véritable système politico-mafieux. Les affaires actuelles le démontrent malheureusement.
Un autre cercle a défrayé l’actualité récente, le Concorde, dont le procès se termine. La justice a-t-elle les moyens de lutter contre le « grand » Milieu ?
Difficilement car ses adversaires mettent en place d’incroyables stratégies pour y échapper. Mieux, Roland Cassone, présumé parrain du Milieu (notre photo, AFP), s’est offert le luxe, en plein tribunal, de défier une bande criminelle, qui est en réalité une firme trafiquante, une firme car elle obéit aux mêmes mécanismes industriels qu’une entreprise, trafiquante, car elle puise ses ressources dans des secteurs criminels (jeu, vols à main armée, extorsion et trafics en tout genre), criminalisés (contrebande, corruption) et légaux (jeu, tourisme, sécurité, énergie verte). Il faut donc s’attendre à ce que la guerre monte d’un cran sauf si la menace de Cassone est suffisante pour faire taire les armes, ce qui ne serait pas de la science fiction vu la puissance "militaire" du personnage.
* L'interview est parue dans "SOD" dimanche 30 juin